vendredi 2 décembre 2011

Misère de la culture bourgeoise (Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir, 1882, trad. Patrick Wotling, Flammarion, 1997)

"Oh, quelle répugnance nous inspire désormais la jouissance, la jouissance grossière, lourde, sombre, telle que la comprennent les jouisseurs, nos "cultivés", nos riches et nos dirigeants ! Avec quelle méchanceté nous écoutons désormais le gros tintamarre de foire au son duquel l'"homme cultivé de nos grandes villes se laisse aujourd'hui violer par l'art, le livre et la musique pour atteindre aux "jouissances spirituelles", avec le concours de boissons spiritueuses ! Que le cri théâtral de la passion nous fait à présent mal aux oreilles, qu'ils sont devenus étrangers à notre goût, tout ce tumulte romantique et ce méli-mélo des sens qu'aime la plèbe cultivée, avec ses aspirations au sublime, à l'élevé, au biscornu ! Non, lorsque nous avons encore besoin d'un art, nous qui guérissons, c'est d'un autre art - d'un art espiègle, léger, fugace, divinement serein, divinement artificiel qui telle une flamme claire s'élève en flamboyant dans un ciel sans nuages !Et surtout : un art pour artistes, seulement pour artistes !"

0 commentaires: